PRÉFACE

 

Beaucoup de nos amis, concitoyens ou connaissances croient dans le surnaturel que ce soit la voyance, le magnétisme, la chance, la malchance, la magie noire, etc.

 

Mais qu’en est-il vraiment ? Sommes-nous des êtres ayant des possibilités de pouvoir mystérieux ? Qui étaient les prédicateurs de nos religions actuelles ? Des mages ? Des sorciers ? Des gens pourvus de facultés divines ? Ou encore des charlatans, des affabulateurs doués ?

 

La science n’offre aucune réponse à toutes ces interrogations.

La magie, depuis la nuit des temps, a guidé nos chefs religieux et politiques.

Mais l’homme moderne se doit d’être rationnel, de réfuter la sorcellerie, de ne pas croire aux pouvoirs supérieurs, ni même en lui-même.

 

La plupart de nos plus grandes guerres sont dues pourtant à la croyance en la magie, pour contrer l’incroyance. Les croisades religieuses de l’époque médiévale sont la résultante du fait que les catholiques européens reprochaient aux musulmans du Moyen-Orient de pratiquer la magie noire dans l’enceinte du pays de naissance et de révélation de leur prédicateur, le Christ. À une époque plus récente, lors de la Seconde Guerre mondiale, les nazis s’étaient mis en tête de générer par la race arienne des descendants directs de l’Atlantide. Ils promulguaient de cette façon la suprématie de leur pays sur tous les autres en créant soi-disant les descendants de ce qu’ils considéraient comme la plus grande des races ayant vécu sur la planète. Du sentiment de supériorité au génocide, le pas n’est pas grand. Ce ne sont que deux exemples sur tant d’autres, mais cela nous permet de mieux comprendre l’histoire de l’humanité et de ses dissidents. Aujourd’hui, à une époque dite moderne, on ne prête plus tellement d’importance à la magie, sauf peut-être à l’heure du café matinal en parcourant son horoscope. Nous sommes entrés dans l’ère du verseau, et certains sorciers pensent que l’humanité vit une période favorable pour renouer avec ses origines enchantées.

 

Qu’en sera-t-il ? La technologie et la science

 

Sont autant d’entraves au développement de notre être intérieur profond et nous contraignent à recommencer sans cesse nos cycles de réincarnations, ne permettant aucune réintroduction d’âmes neuves dans le cycle de l’humanité et bloquant les réels besoins de rafraîchissement de nos vies. Le pire est que l’homme a oublié non seulement son essence divine, mais aussi ses rêves, annihilant en conséquence tout but ou motivation profonde dans sa vie.

Vraisemblablement, l’homme recommencera un jour à croire en ses véritables potentiels.

D’ailleurs, la magie commence à réintégrer nos vies, à petits pas. Nous redécouvrons de nos jours des écoles druidiques, notamment en Belgique. Certains diront que c’est parce que l’homme a besoin de croire en quelque chose, ou bien qu’il a besoin de rêver. Je pense quant à moi qu’il ressent un besoin primordial de se développer, de s’estimer, de s’aimer ainsi que de trouver un sens à sa vie.

Je souhaite que l’homme d’ici quelques siècles parvienne à reconnaître et à déployer les propres pouvoirs de son esprit.

Je dédie ce livre à l’humanité entière qui se prépare, je n’en doute pas, à l’avènement prochain d’un monde moins matérialiste et plus spirituel.

 

Ce livre eut une première publication le 21 janvier 2008 aux Éditions Le Manuscrit [ancien ISBN : 978-2-304-00314-7 (livre imprimé), ISBN : 978-2-304-00315-4 (livre numérique)].

 

Nuit du 1er jour

 

Lü, un ectoplasme d’un bleu presque turquoise se promenait en vitesse de croisière sur une avenue de la ville du monde ancestral de l’astral, ce monde où seule la pensée est importante. Il s’étonnait toujours de ce que la texture astrale rende toute matière solide traversable et à l’inverse toute chose invisible dans le monde matériel telle que les flux énergétiques deviennent plus solides que du béton. Lü observa l’aura des gens qui vaquaient à leurs occupations quotidiennes à cette heure tardive.

 

MONDE ASTRAL : Monde ésotérique où continuent à vivre les personnes ayant vécu des expériences traumatisantes (tel qu’un accident de voiture, une fusillade…) : ils subissent soit une période de coma, soit une ou plusieurs expériences éveillées ou de sommeil durant laquelle une dé-corporation est vécu.
 

Comme il aimait errer dans cet univers ou l’on pouvait flotter à son gré s’en se préoccuper du reste ! Dans sa vie matérielle, Lü était un Asiatique d’une trentaine d’années un peu rondouillard. Il travaillait comme ingénieur de la flotte spatiale galactique. Malgré son poste au sein du gouvernement que tout le monde enviait, il s’ennuyait dans sa vie. Mais depuis qu’il avait découvert par pur hasard ce monde parallèle, son ennui était passé. Chaque jour, il attendait le soir avec impatience pour pouvoir se dématérialiser du monde physique et partir à l’exploration de cet univers méconnu. Et il naviguait comme il le souhaitait, sans aucune contrainte, en toute liberté.

 

Il se souvenait encore de sa première sortie astrale qui s’était produite par pur hasard, alors qu’il tentait d’arrêter de fumer. Il était allé voir un acupuncteur. Et là, pendant qu’il était allongé sur le ventre et qu’on lui enfonçait des aiguilles dans le dos, il s’était senti décoller. Il s’était retrouvé au-dessus de son corps à s’observer lui-même. Au début, il avait été effrayé, puis bien vite, la curiosité l’avait emporté. Et maintenant, après deux ans de navigation dans ce monde dépassant toutes les limites de l’imagination humaine moderne, sans se vanter, il se sentait expert en voyage astral, même s’il lui restait encore beaucoup à apprendre sur cet univers parallèle.

 

Alors qu’il se perdait dans ses pensées tout en contemplant le spectacle des gens s’affairant en bas dans la rue, il entraperçut soudainement derrière lui une ombre menaçante qui approchait à vive allure. Lorsqu’elle le dépassa, son corps physique, sur terre, frissonna. Jusqu’à présent, Lü n’avait jamais refusé aucune expérience astrale et en une fraction de seconde, il se décida à poursuivre cette ombre. Elle avançait rapidement, comme pressée par un rendez-vous urgent, mais Lü était plus petit, donc plus rapide, et bientôt il la rattrapa. Il resta prudemment derrière elle et l’observa. Où allait-elle avec tant d’empressement ? Tout ce que Lü voyait de cette ombre, depuis la vue arrière qu’il en avait, était sa large queue immatérielle qui se finissait en Knout.

 

KNOUT : Arme médiévale ressemblante à un martinet et dont les lanières sont dotées de pointes lacérées.
 

L’ombre commença à ralentir, ce n’était pas une, mais des ombres… et ce que vit Lü le terrifièrent : des démons de l’astral !

 

Ces bêtes immondes, avec une large tête est dotée de quatre cornes, et deux petites pattes possédant chacune d’énormes crochets pour déchiqueter leurs victimes ! Il y avait aussi des sans-têtes, ces ignobles bêtes ne possédant pas de tête, mais une cavité aspirant toute énergie étant à leur portée ; des mangeurs d’âmes, avec leurs corps étirés, plats, sans pattes et leur énorme bouche édentée qui leur permettent de gober l’âme d’un être vivant ainsi que des lacérateurs, ces bêtes effrayantes, possédant une large queue se finissant en knout, six pattes robustes terminées en trois griffes crochues et une gueule immense leur permettant de tout dévorer en un rien de temps !

 

Ils entourèrent l’être qu’il poursuivait et se jetèrent sur lui furieusement. Ils se défoulèrent sur ce corps bleu grisonnant privé de cordon d’argent. Lü observait cet ectoplasme dont la couleur virait au gris cendré. Il vit le corps frémir puis se disloquer sous les coups violents des démons.

 

Lü décida d’agir, il fallait qu’il fasse quelque chose pour cette âme. Il se concentra de toute la force de sa pensée et transforma ses mains ectoplasmiques en fouets géants dont les tentacules s’ornèrent de pointes acérées ainsi que de fléaux d’armes sur la tige principale. Il frappa les démons avec une précision digne des plus grands maîtres du kung-fu chinois.

 

La bataille fut rude. Les démons astraux chargèrent sur Lü, telles des louves défendant leur casse-croûte. Lü transforma ses fléaux en un bouclier et une épée, il pourfendit trois des démons sans trop de difficulté.

 

Les démons restants s’enfuirent sans demander leur reste, car après tout ils n’étaient que des charognards du monde astral qui fuyaient les conflits et ne s’en prenaient qu’aux esprits faibles et sans défense ; comme le feraient des hyènes dans la savane.

 

CORDON D’ARGENT : Cordon ectoplasmique ralliant le corps éthéré (astral) au corps physique. Si le cordon d’argent est rompu, aucun retour au corps physique n’est possible, et de ce fait l’errance dans le monde astral provoque de l’aigreur pouvant transformer le corps en démon.
 

Lü s’approcha du corps ectoplasmique vert grisonnant et de plus en plus foncé, en redonnant forme à ses mains.

 

Il reçut les pensées de ce corps, puisque dans le monde astral, on ne communique que par la pensée.

« Il… Il m’a tué… Il m’a arraché mon cordon d’argent et… Je me retrouve là… Sans corps… Il… Il… » dit-elle en agonisant.

 

Lü avait reconnu les ondes cérébrales qui entouraient cet ectoplasme, c’était une sorcière, pratiquante de la Wicca. Dans ce monde parallèle, il n’était par rare de rencontrer des êtres magiques, mais là il ne comprenait pas. Comment avait-on pu s’attaquer à une faiseuse de la Wicca ? Elles étaient toutes respectées autant que redoutées pour leur magie tribale qui était des plus grandes.

 

WICCA : Mot désignant les pratiques ancestrales des sorcières, modernisé par notre société technologiste et dit moderne.
 

Mais Lü interrompit le cours de ses pensées, car il devina qu’elle n’allait pas tarder à disparaître, le temps jouait contre lui.

« Qui il ? demanda Lü, la pressant de répondre.

— Je ne… » Elle eut un sursaut ectoplasmique qui fit vriller son corps dans une danse funeste de ces ondes cérébrales étincelant de-ci, de-là, en sursauts de lumière incandescente.

Elle essaya de prononcer encore quelques mots avant de sombrer. Lü la regarda, impuissant face à cette situation peu commune.

 

« Aug… uste… ! Ori… nius… ! »

 

C’était la fin. Le courant du Vril, ce mystérieux courant de puissance qui emportait les âmes des morts sur le grillage énergétique de l’univers, emmena celle de la sorcière de la Wicca et avec elle… tous ses secrets.

Lü se retrouva seul, regardant ce courant d’une luminosité plasmatique s’en aller vers les confins de la galaxie. Une question lui trottait dans la tête : seul quelqu’un dans l’astral peut tuer de cette manière, en coupant le cordon d’argent, et cette personne, en tuant ainsi, perd son âme. Aussi son aura devient noire, car toute humanité disparaît de cet être à jamais.

Alors qui ? Qui aurait pu ou voulu faire ça, en toute connaissance du prix à payer ?

 

Lü se souvenait que tous les enseignements qu’il avait eus lui avaient appris le respect et la recherche de soi, mais là, il ne pouvait même pas imaginer qu’une telle chose ne puisse jamais arriver. Même en ayant rencontré la victime, il avait du mal à croire ce qu’il venait de vivre.

Il fallait qu’il en ait le cœur net. Il allait mener son enquête.

 

Lü réintégra son corps quelques heures plus tard, après avoir sillonné la ville pendant plusieurs heures à la recherche d’un indice astral, mais sans rien trouver, hélas.

Il était épuisé, et ce nom, Auguste Orinius, hantait son esprit. Qui était-il ? Que faisait-il ? Était-il le meurtrier ?…

Premier meurtre

 

« Bonjour », dis le gardien de la paix qui était chargé de contrôler les entrées de la ruelle étroite.

Il observa ce jeune homme d’une vingtaine d’années, blond avec les cheveux en brosse, aux yeux bleus profonds tintés d’une petite touche verte, un aspect quelque peu gringalet dans son costume couleur rouge pourpre trop ample pour lui et recouvert d’un imperméable beige. Celui-ci alluma une cigarette avant de lui répondre.

« Bonjour » dit le gars en montrant sa carte sur laquelle figurait son grade de lieutenant. Il passa sous le ruban jaune rayé de noir.

 

Le gardien en faction se dit à lui-même, en le regardant s’éloigner, que ce jeune homme devait être rudement doué pour être lieutenant de police, à cet âge.

Mais soudain, il remarqua un détail dans cet agent, qui le terrifia et le fit pâlir. Il croyait pourtant qu’il ne s’agissait que d’une rumeur, mais c’est donc vrai !

 

Le lieutenant Auguste Orinius s’avança lentement vers le lieu du crime dans cette ruelle étroite bordée de murs dont le crépi s’effondrait et laissait place aux tags des zonards de la ville. En levant la tête, il pouvait voir des fenêtres complètement closes par des planches de bois ou des taules oxydées.

En regardant au sol, il remarqua une paire de pieds que l’on apercevait à peine entre deux bennes à ordure rouillées de couleur verdâtre dont une odeur assez nauséabonde en disait long sur la dernière date où elles avaient été vidées. Le corps était celui d’une jeune femme blonde. Ses yeux grands ouverts laissaient voir des pupilles vertes dilater, et son visage grimaçait en un rictus horrible de la bouche qui reflétait la terreur.

Elle avait été vitrifiée suivant les performances actuelles de la police scientifique pour que rien n’échappe à l’enquête. Elle était allongée sur le flanc, les mains crispées au sol de béton qui était moite, certainement à cause des infiltrations d’eau ou tout simplement par l’usure.

 

Auguste s’adressa à un homme petit et rondouillard qui l’observait d’un peu plus loin depuis qu’il était arrivé, dans son costume noir un peu délavé assorti à une cravate rouge à pois jaunes.

« Bonjour, lieutenant Orinius » se présenta notre jeune blond, que s’est-il passé ici ? »

L’homme bafouilla quelques mots incompréhensibles et partit chercher son supérieur, un homme grand, brun, aux yeux noisette incrustés dans de minuscules orifices oculaires, le tout posé sur un visage rondouillard qui était lui-même installé sur un corps musclé et trapu recouvert du costume traditionnel du bon flic. Il se présenta

« Commissaire Robert, c’est vous le mec de la psy, dit-il d’un air hautain.

— Oui, lieutenant Orinius, réagit-il sans tenir compte du ton de son interlocuteur, mais sans lui laisser le temps de renchérir son dégoût.

— Pourquoi avez-vous fait appel à nos services ? continua Auguste.

— Pour ça ! », lui répondit le commissaire en lui tendant une petite bille de couleur ambrée.

Auguste saisit la minuscule balle, il savait déjà ce que c’était. C’était une bulle de message olfactif.

 

Il se rappela tout ce qu’on lui avait appris à l’école de police psy-ésotérique sur les bulles olfactives, ce moyen de message qui était apparu en 2135 et qui avait peu à peu disparu pour laisser place aux communications à ondes cérébrales. L’effet de mode était passé comme bien d’autres avant, tels les téléphones portables puis les e-mails à une époque lointaine…

 

Auguste sortit de sa poche un appareil à lecture olfactive, le règlement l’obligeant à en détenir toujours un pendant l’exercice de ses fonctions, c’était une pince sensorielle que l’on connecte à ses narines, de l’autre extrémité 2 aiguilles fines servaient à connecter la bulle. Il plaça l’engin et piqua la bulle dans la seringue à l’autre extrémité. Il s’ensuivit un message olfactif directement diffusé dans son cerveau, s’y inscrivant telle une pensée :

— Madariatza das perifa Lil cabisa micaolazoda saanire caosago of fifia balzodizodarasa iada. Nonuca gohulime : micama adoianu mada faods beliorebe, soba ooanoa cabisa luciftias yaripesol, das aberaasasa nonucafe jimicalazodoma larasada tofejilo marebe pereryo Idoigo odtorezodulape.

 

Auguste écouta une seconde fois le message olfactif, mais il ne comprenait pas cette langue, malgré ses connaissances de douze langues parlées et d’une quinzaine de dialectes. Peut-être une langue morte, se dit-il en pressentant qu’il avait quelque chose d’important, voir de primordial entre les mains.

 

Auguste enleva son appareil et déposa la bulle dans une petite sacoche adaptée qu’il trouva au fin fond de sa poche, le règlement intérieur de police psy l’obligeant à avoir toujours sur lui le matériel de lecture d’indice, quel que soit l’indice en question.

Il interrogea le commissaire sans montrer son incompréhension face à ce message mystique, alors que celui-ci lui révélait son aversion envers ceux de sa brigade.

« Comment a-t-elle été tuée ? demanda-t-il en désignant le cadavre du menton

— Nous ne le savons pas encore, aucune trace d’arme blanche, d’arme à projectile ou de laser, aucun symptôme de poison dans ses globes oculaires, on en saura plus après l’autopsie, répondit-il avec un haussement d’épaules.

— Des indices ? continua Auguste en s’agenouillant près de la victime pour observer à nouveau son visage pétrifié.

— La police scientifique n’a encore rien trouvé, mais elle y travaille, dit-il en montrant les agents qui ratissaient le périmètre millimètre par millimètre.

— Y a-t-il eu viol ou tout autre acte du même genre ?

— Je ne pense pas, mais on verra ça après l’autopsie.

— Pourquoi pensez-vous qu’il s’agit d’un meurtre ? interogea Auguste en détournant son regard des mains de la victime, figées dans son dernier geste de survie face à son adversaire.

— Je n’ai rien dit de tel, rétorqua le commissaire.

— Mais les circonstances de la mort sont étranges, alors on mène une enquête comme le veut notre devoir de bon flic au service du peuple », poursuivit-il.

« Voilà qu’il essaye de faire de l’humour », pensa Auguste

Le commissaire Robert le regarda avec une intensité gênante, une question semblait lui brûler les lèvres.

Auguste s’en aperçut et l’invita à le suivre un peu plus loin, à l’écart des oreilles des gens des brigades scientifique et criminelle.

« Avez-vous compris la signification du message olfactif ?

— Non, répondit Auguste.

— Mais je trouverai, continua-t-il sur un ton déterminé.

— Je me suis toujours demandé à quoi vous serviez, à la brigade psy, ajouta le commissaire Robert.

— Nous sommes là pour soutenir les différents services de police face à leur incompréhension dans certaines situations, bien souvent à cause de leurs préjugés, alors je vais vous aider, même si vous considérez mon service comme quelque chose d’inutile, car après tout, c’est mon devoir de bon flic au service du peuple », ironisa Auguste avant de tourner les talons.

Le commissaire Robert lui lança un regard noir.

 

Il repartit par la ruelle d’où il était venu, content de lui. Il avait réussi à faire mouche avec ce commissaire de pacotille qui ne respectait pas les autres services.

Le gardien de la paix en faction regarda de nouveau le jeune blond mal habillé passer devant lui et s’éloigner, son regard fixait surtout la petite antenne qui lui sortait de la nuque. Il avait entendu dire que cette antenne servait uniquement à faire de la sorcellerie ou de la magie noire et frissonna à cette idée.

 

Il enfourcha son scooter à pulsion magnétique et fonça vers le central de la brigade psychique, il essayerait de régler le problème de la bulle olfactive le lendemain. Pour l’instant, il avait une autre affaire en cours : une sorcière mariée à un homme infidèle auquel elle avait lancé un sort de puanteur pour repousser toute tentative d’adultère. C’était une affaire assez simple qui serait vite expédiée.

« Comme celle du meurtre ! », pensa-t-il. Après tout, son bureau l’avait envoyé uniquement pour aider la police criminelle. Dès qu’il aurait la réponse, il passerait à une autre affaire, comme toujours, pensa-t-il avec ennui.

 

2e jour

 

« Bip… Bip… Bip… » Une sonnerie stridente retentit dans la pièce.

Le télépatophone sonna, Auguste Orinius se connecta, il était en train d’observer sur le mur en face de son bureau une carte cosmique indiquant les possibilités d’exploration de l’univers. Cette carte, c’était sa première femme qui la lui avait offerte, parce qu’elle disait souvent qu’elle le sentait partir loin d’elle vers d’autres cieux.

« Allô ?

— Bonjour, lieutenant, ici le médecin légiste. Le commissaire Robert m’a signalé qu’il fallait que je vous informe de mes découvertes, même si je pense que ça n’en vaut pas la peine, dit une voix enrouée êtes soufflée.

— Dites toujours, marmonna Auguste en se redressant sur son siège. Il sortit un stylo pour noter les commentaires du personnel médical de la brigade scientifique.

— Alors voilà, votre victime était en pleine forme, elle le serait encore si elle n’était pas morte. », dit-il avec un gloussement de rire.

Il n’appréciait pas le sens de l’humour des légistes, sûrement passaient-ils trop de temps avec les morts. Mais il le laissa poursuivre sans intervenir.

« Aucune trace de coup, pas de poison, pas de viol ni d’attouchement, rien qui puisse nous renseigner sur la façon dont elle est décédée. J’aimerais faire remarquer deux détails qui je le pense, vous intéresseront, dit l’agent mortuaire, en prenant son temps pour articuler chaque mot.

— Allez-y, répondit Auguste qui n’appréciait pas quand les conversations traînaient en longueur pour rien.

— Hé bien, elle a six doigts à la main gauche… (il laissa planer un silence avant de poursuivre), ainsi qu’une trace de brûlure interne au niveau du nombril. Pour moi ce ne sont que des détails insignifiants, mais pour vous, à la psy, peut-être que ça aura son importance, dit-il d’un ton moqueur.

— Merci, docteur. », articula Auguste en déconnectant le combiné.

 

Décidément, il n’aimait pas les légistes. Auguste nota sur son papier les deux détails qu’on venait de lui rapporter. Qu’est-ce que cela pouvait signifier ? Il était quand même rare d’avoir six doigts, et cette histoire de brûlure interne, et tout ça accompagnés de cet étrange message olfactif qui ne voulait rien dire !

De plus, il ne comprenait pas pourquoi le commissaire Robert avait demandé que le légiste le contacte, car suivant les instructions de sa brigade, il n’était que consultant auprès de la crime pour cette affaire.

Il avait cherché sur internet tout l’après-midi au sujet de ce fameux message, hélas sans rien trouver.

« C’est tout de même pratique le pense-net , se dit-il,

— Il suffit d'y penser et on est branché illico sur le net où l’on peut faire des recherches ou surfer à la vitesse de la pensée. »

Normalement il faut mettre un casque en forme d’anneau sur sa tête pour utiliser le pense-net, mais grâce à son dostose, il n’en avait pas besoin.

 

Mais il était clair que si personne n’avait mis en réseau ce message, alors il ne trouverait rien. Néanmoins, il avait placé le message dans un centre de questions en demandant la traduction française à qui que ce soit qui pourrait la lui fournir, avec bien sûr, une rémunération à la clef. Maintenant, il n’avait plus qu’à attendre que quelqu’un lui serve d’interprète.

 

Il brancha son dostose, cette petite puce se terminant par une fine antenne métallique et qu’il portait dans la nuque. Elle lui permettait de communiquer avec ses collègues de la psy en cryptage et sans avoir à bouger, quelle que soit la distance qui les séparait.

Son dostose se mit à sonner dès qu’il fut branché. C’était son collaborateur Gérard.

« Oui Gérard ?

— Salut, vieux, on m’a demandé de faire une recherche pour toi.

— Ah, laquelle ?

— L’identité de la victime du meurtre d’hier, apparemment, c’est devenu ton affaire.

— Et merde, et qu’as-tu trouvé ? demanda Auguste qui se résigna à prendre l’affaire en main, même s’il aurait aimé tout de même qu’on lui demande son avis.

— Hélas, j’ai regardé partout, il n’y a rien, répondit Gérard d’un ton désolé

— Rien ? Comment est-ce possible, même dans nos fichiers de para ?

— Oui, même là, confirma-t-il.

— Et aux archives du classement des naissances internationales ?

— Là non plus, ça devait être une naissance illégale !

— Nous voilà bien, on a un meurtre sans mobiles, sans identité, et sans traces de violence ni même d’indice à part un message indescriptible ! réagit-il.

— Je n’ai jamais demandé à avoir cette affaire sur le dos, continua Auguste désespéré.

— Ça commence à te passionner ? demanda Gérard d’un ton amusé.

— Tu parles, j’ai l’habitude qu’on me donne les enquêtes les plus louches, mais là, je ne sais pas par quoi commencer !

— Commence par le message. Bon excuse-moi, j’ai un autre appel en fréquence cinq.

Et Gérard raccrocha, la fréquence cinq était l'onde des appels urgents de la direction du service psy. Auguste n’aimait pas recevoir les appels en 5, car souvent c’était pour des engueulades ou des reproches.

Il espéra que Gérard n’avait pas d’ennuis.

« Bon, ce n’est pas tout ça, j’ai du boulot ! » pensa-t-il à voix haute en sortant de ses pensées.                                

Il se brancha instantanément au réseau de pense-net. Il effectua une première recherche sur le sixième doigt et en une fraction de seconde il reçut une information concernant les anciennes croyances qui disaient qu’un sixième doigt était symbole de grand pouvoir magique.

L'Inquisition médiévale est introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Innocent III en 1199. En février 1231, Grégoire IX publie la constitution Excommunicamus, qui prescrit la détention à vie pour les hérétiques repentis et la peine de mort pour les hérétiques obstinés. Lors de cette période, entre le XIIe et le XVe siécle, toutes les femmes rousses, symbole de sorcellerie, les cheveux roux étant de la couleur des flammes de l’enfer, ainsi que celles ayant un sixième doigt étaient brûlées sur le bûcher sans pouvoir embrasser la religion chrétienne. Au XVe siècle, l'Inquisition médiévale disparaît et est remplacée par d'autres formes d'inquisition : l'Inquisition espagnole, l'Inquisition portugaise et l'Inquisition romaine, le Saint-Office.

 

Ensuite, Auguste fit une seconde recherche sur les brûlures intérieures. Il reçut des articles sur les zonas, puis sur l’auto crémation, et enfin après plusieurs dizaines de minutes à passer au crible les différents sites et explications, il trouva un rapport de la sécurité routière qui indiquait que lors de certains accidents violents sur les lignes à haut magnétisme, il y avait des décès qui lors des autopsies des corps, révélaient aux légistes une petite brûlure interne à la peau, au niveau du nombril et qui restait encore inexpliquée lorsqu’il n’y avait pas eu incendie des véhicules.

Il retourna ensuite au centre des questions, mais sa demande n’était toujours pas satisfaite.

 

Auguste se débrancha du pense-net.

Il nota ses pensées ainsi que les renseignements qu’il venait d’obtenir dans la mémoire interne de son dostose.

Me voilà bien, une sorcière à six doigts morte comme dans un accident de voiture, mais en étant seule dans une ruelle, dit-il à voix haute, pour lui-même sur le ton désespéré d’une enquête qui commence mal.

Auguste se leva et prit son blouson, il avait besoin de faire un tour.

Il descendit jusqu’à son scooter et partit en ville. Le soir tombait déjà, laissant place à la nuit et à tous ses mystères. Auguste alla à son bar préféré le « Mickey blues ». Il retrouva l’ambiance feutrée des soirées lointaines de son adolescence. À présent, il avait déjà trente-cinq ans. Il médita sur le fait que le temps passait bien vite, surtout pour ce que l’on en fait.

Il but une partie de la soirée avant de rentrer chez lui, dans son petit appartement.

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