Prologue

 

Pris de panique, le prince Auguste vêtu de sa cape rouge, son épée ornée des armoiries royales dans son fourreau, accourut sous les plaintes de ces soldats dans l’aile est.

 

« Que se passe-t-il ? s’écria-t-il prenant par le col une des vigiles.

— Le… Le palais, il s’élève ! répondit celui-ci, apeuré.

— Quoi ? », le prince lâcha la sentinelle qui s’enfuit vers l’intérieur.

Il s’avança vers la porte béante, comme si un Mourlouf des montagnes, ce ver géant se nourrissant de pierres l’avait dévoré. Il tenta une approche prudente pour regarder à l’extérieur.

Abasourdi, il vit le sol de la ville s’éloigner du palais ou plutôt… le palais s’éloignait de la terre ferme… En bas, la capitale en proie aux flammes et aux combats entre l’armée royale et les insurgés alliés aux troupes impériales.

« Comment a-t-on pu en arriver là… », s’exclama le prince.

Une voix sombre et lugubre retentit dans le palais qui s’élevait déjà à une centaine de mètres.

« Avez-vous vraiment cru pouvoir vous mesurer à moi, Premier Prince ?

— Mirage ! », s’écria Auguste, la haine déformant son visage princier.


 

138 ans plus tôt !


 

Le marin, ayant un peu trop bu, avait du mal à tenir la barre de son bateau, tandis que ces collègues dormaient dans la cabine. La mer était calme ce soir-là, le ciel étoilé ne montrait aucun signe d’hostilité ou d’intempéries.

« Heureusement que Roxanne pionce en bas… sinon elle m’aurait encore passé un savon… un p’tit somme, ça ne fera pas d’mal… Elle est enceinte ! », dit-il en souriant.

Il lâcha la barre en la bloquant avec la commande affectée. S’effondrant sur le fauteuil derrière lui, ses yeux se fermèrent… Le rhum… Il avait abusé du rhum en fêtant la nouvelle de sa paternité.

Un bruit le réveilla. Son crâne criait de douleur, il se leva en titubant et regarda devant lui, à travers la vitre du cockpit, dans la direction où allait le bateau.

Un vortex énorme s’était formé face au navire. C’était un tourbillon, non pas aquatique, mais vertical, dans les airs ! Tel un mur gigantesque devant le chalutier, faisant facilement dix mètres de haut et cinq de larges. Le malstrom semblait être au-dessus de l’océan, à fleurs de celui-ci, son sens de rotation contraire aux aiguilles d’une montre était doux et hypnotique ; se ressaisissant, le marin débloqua la barre et tourna au maximum en accélérant les moteurs pour s’éloigner, il sentait le danger de ce qui était face à eux.

Il pensa à sa magnifique concubine et à son enfant qu’elle portait !

Le bateau de pêche et ces membres d’équipage disparurent dans l’œil sombre de ce vortex apparu de nulle part.

~~~

Quelque temps plus tard sur le petit écran télévisuel :

« Alors si vous dites cela, expliquez-nous ce qu’est ce vortex, professeur ! insista le journaliste dans son costume marron.

— Nous ne sommes, actuellement, pas capables de répondre à cette question, notre technologie telle que les drones ou robots ne répondent plus une fois entrée, expliqua le scientifique en remontant ces petites lunettes rondes.

— Et des humains, avez-vous essayé d’aller explorer ?

— Il serait dangereux d’envoyer des êtres vivants sans savoir quel potentiel danger il y aurait de l’autre côté. De plus, qui prendrait cette responsabilité ? Rappelons que ce vortex se trouve dans une zone internationale de l’océan atlantique !

— En effet, cela dit, nous avons eu une information fiable ! répondit le journaliste.

— L’ONU semble avoir décidé de monter une équipe d’explorateurs, ayant pour composition plusieurs chercheurs ainsi que des soldats, et ceci afin de pénétrer dans le vortex. Qu’en pensez-vous ? Continua-t-il

— Comme je viens de le signifier, c’est dangereux. Étant donné que l’on ne connaît rien de ce qui les attend là-bas.

— Vous dites là-bas, comme si vous étiez persuadé qu’il y a quelque chose derrière ce vortex !

— Ce n’est qu’une théorie, que le professeur Édouards du CERN étudie sur base des travaux de Schrödinger concernant les trous de vers et le multivers… »

~~~

Une installation sous forme de plate-forme avait été aménagée autour du vortex, celle-ci, construite de la même manière qu’une à usage pétrolier, restait donc stable, quelles que soient les intempéries. Elle accueillait des centaines de chercheurs et de représentants de divers pays venus étudier le phénomène.

Le groupe d’explorateurs de l’ONU était enfin composé. Ils étaient 16, dont la moitié était des militaires chevronnés. Munis de leurs bardas et de divers outils scientifiques, en rang par 2 sur la passerelle menant au tourbillon aérien, ils avancèrent. Sans doute, une boule au ventre, et ils disparurent dans le maelstrom, jamais ils ne revinrent !

Depuis ce jour, il y a 10 ans ; il fut décidé d'utiliser le vortex afin d’envoyer les criminels les plus dangereux du monde, les condamnés à mort ou aux peines supérieures à 120 ans. En effet, avec le surpeuplement de la planète, la criminalité n'a fait qu’augmenter, la plupart des pays n’avaient plus de place dans leurs prisons.

~~~

« Haaahaaa… quels ennuis ! », j’observais en face de moi, le cadavre de l’homme d’une quarantaine d’années, dont les yeux étaient sortis de leurs orbites, il était effondré dans une mare de sang contre le mur de brique d’une vieille usine.

« C’est de ta faute ! T’aurais pas dû me dire d’aller me faire foutre quand je t’ai demandé du feu ! » dis-je au macchabée accompagnant mes paroles d’un coup de pied.

Je regardais mes vêtements souillés par les fluides de ma victime.

« Fais chier ! Ce T-shirt était tout neuf… Pis ton sang y pue vraiment… »

Je m’éloignais du cadavre et de l’usine désaffectée en allumant une cigarette. Dire que j’étais juste sorti prendre l’air… Pourquoi faut-il toujours qu’il y ait des gens malpolis ? Il devait être bourré. Pourtant, il était à peine 22 heures…


 

Des sirènes retentirent au loin, les gyrophares se rapprochèrent tandis que je m’éloignais du lieu du crime d'un pas serein. Quels ennuis que tout ça… Comme d’habitude, les flics ne trouveront aucun indice et, je n’aurais juste qu'à recommencer la prochaine fois… Pourquoi ce monde est-il si ennuyeux ? Au début, c’était sympa de tuer, de préparer des stratégies pour éviter d’être attrapé par la flicaille, mais aujourd’hui... c’est d’un ennui…

Ce monde est un Ennui avec un grand E ! Peut-être devrais-je me rendre aux autorités pour jouer avec elles ? De toutes les manières, ma vie n’a pas de sens en soi. Je n’ai rien à faire dans ce monde.

Sans trop y penser, parce que pour finir, tout cela n’a pas d’importance, comme la vie de chaque être vivant peut être prise, la mienne aussi peut l’être. Je ne suis qu’un mammifère de plus.

Je levais les mains en l’air alors que la voiture de police arrivait à toute allure, un crissement de pneus se fit entendre, les policiers sortirent du véhicule arme en poing, m’obligeant à m’agenouiller pour me menotter.

 

~~~

 

Quelques jours plus tard, tandis que j’étais nourri, logis et blanchis dans une prison de haute sécurité, on m’accompagna dans la salle officielle, deux inspecteurs me rendaient visite.
 

« Bonjour, messieurs, que puis-je pour vous ? demandais-je aux deux hommes tandis que le gardien me menottait à la table fixée dans le sol en béton.

— Bonjour, nous sommes venus vous poser quelques questions. Me répondit un homme d’une quarantaine d’années aux cheveux grisonnants dont la cravate rayée était en travers.

J'acquiesçais d’un signe de tête.

— Bien, pour commencer, on aimerait savoir pourquoi vous avez tué cet homme, George Picsos. Y a-t-il une raison, un motif pour l’avoir tué ?

— Oui, il y avait une raison. Répondis-je simplement en souriant.

— Quelle est-elle ? me demanda l’inspecteur le plus jeune. Quel âge avait-il ? 25 ans… tout au plus, à peine sorti de l’école.

— Il m’a dit d’aller me faire foutre. Alors que je lui demandais juste du feu ! répondis-je en toute honnêteté.

— Comment ça ? insista le plus jeune ne semblant pas comprendre ce que je venais de dire.

— Vous ne le connaissiez pas avant ? m'interrogea son aîné.

— Non en aucun cas, je voulais juste du feu pour ma cigarette, ce monsieur avait dû trop boire et n’a pas su rester poli, alors je l’ai châtié comme il se doit.

— Châtié… murmura le plus jeune.

— Vous lui avez quand même extrait les yeux après avoir fracassé son crâne… dis le vieil inspecteur.

— C’était plutôt simple à faire.

— Une raison comme celle-ci… êtes-vous un monstre ? s’énerva l'inspecteur inexpérimenté.

— Un monstre ? Non, je suis juste un mammifère comme vous, et celui qui tue ne sera pas tué, tel est le bon raisonnement dans ce monde.

— Quel raisonnement absurde… vous êtes… la pire personne que j’ai rencontré dans ma vie ! s’énerva-t-il en se levant de sa chaise laissant tomber son stylo bille par terre.

— Vous commencez à devenir désobligeant Mr L’inspecteur ! lui dis-je en le regardant dans les yeux.

— Calme-toi, ce n’est rien. Lui dit son coéquipier.

— Comment ça ? Me calmer ? Ce type tue des gens pour des raisons insignifiantes ! Comment le pourrais-je ?

— Je te promets que tu vas payer très cher, sale enfoiré de mes deux ! continua-t-il dans son excès de colère en se tournant vers moi.

— Bien alors, mourrez en premier pour votre impolitesse… Mr L’inspecteur ! » Répondis-je d’un ton cynique.

 

Je levais vers le haut mes doigts sur la table, le stylo bille, celui qui était préalablement tombé, s’éleva rapidement dans les airs, surpris l'inspecteur se tourna pour voir ce qui bougeait dans le coin de son œil, il ne vit que la pointe du stylo.

Celui-ci se planta dans son œil gauche, transperçant la cavité oculaire et perforant le cerveau, la mort fut immédiate. Il s’écroula dans un jet de sang sous le regard médusé de son collègue plus âgé.


 

« La prochaine fois, venez avec quelqu’un de plus mûr qui saura garder son sang froid ! », dis-je à l’inspecteur, tandis que le gardien se précipitait dans la salle.

 

~~~

2 ans plus tard, après une enquête longue sur mes méfaits, le verdict de mon jugement fut donné.

 

« Monsieur Verdeta Luis, la cour de justice ici présente vous condamne, pour 25 meurtres au minimum qui vous sont reprochés, dont celui d’un inspecteur de police en fonction; à la peine capitale !

Vous serez donc exilé sans aucune possibilité de faire appel de ce jugement. »
 

C’est ainsi que l’on m’emmena sur une plate-forme marine dans une cellule de haute densité pour éviter que j’utilise ma psychokinésie.

Le lendemain, je me retrouvais face au vortex, des gardiens derrière moi, différentes familles de mes victimes étaient présentes aussi.

Le chef des gardes fit une déclaration tandis que j’avançais vers mon destin.

« Monsieur Verdeta Luis, aujourd’hui pour toutes vos victimes reconnues, le monde se débarrasse de vous, avez-vous quelque chose à déclarer avant l’application de la sentence ?

Je regardais tous les visages emplis de colère ou de tristesse me dévisager, je reconnus l’inspecteur de la prison.

— Rien, si ce n’est que tout le monde est destiné à mourir ! », répondis-je en me retournant et avançant, sans une once d’hésitation, dans le vortex. Je fus aspiré par une force incroyable sous l’acclamation des spectateurs.
 

Je ne sentais plus rien, tout était noir, était-ce la fin pour moi ?

Une image apparut devant moi, ça ressemblait à une fenêtre d’information informatique, le cadre était finement décoré, un message était en son centre :

Bienvenue à l’étranger n° 8536

Veuillez sélectionner votre pseudonyme :

                                            Ok                                                                                                                                         ANNULE   
 

Un pseudonyme ? Comment pourrais-je m’appeler ? Machiavélique, je suis assez machiavélique, alors peut-être machiavel ? Ou Mac Vielle ? Ça sera Mac Vel, ça me plaît.

Bienvenue Mac Vel !
 
 



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